Autour de Derème

CXLVII

...Et pourtant j'aime les roses,
Le feuillage et les amours
Et bien d'autres belles choses
Qui ne durent pas toujours.

Durer, durer...Rien ne dure.
Accourez, comparaisons!
Rappelons que la verdure
Pas ne dure que trois saisons.

Tout passe et cela n'est pas ce
Que les gens ont dit assez;
Ils ont écrit que tout passe
Et leurs livres sont passés,

Sauf certains; et les miens, Muses,
Dureront-ils plus longtemps
Qu'une voix de cornemuse
Qui se perd sur les étangs?...

extrait du poème CXLVII de la Verdure Dorée

 

XIX

Et tu disais : Vous tous qui souffrez d’insomnie,
Pour goûter au repos que le sort vous dénie,
Mélangez le tilleul et le suc de pavot.
Et si de votre mal nul philtre ne prévaut,
Il demeure un remède héroïque et suprême :
Lisez sur l’oreiller quatre vers de Derème.
                                          Petits Poèmes, Tristan Derème 1910. 

Où il est question de Tarbes

Jeudi 9 novembre 2006 4 09 /11 /2006 21:12

 

A  Tarbes le marché a traditionnellement lieu le jeudi. Il existe un coin brocante sur une place entourée de grands platanes, sans-doute séculaires, nommée Le Foirail. J’y ai trouvé une plaquette de 71 pages : Guirlande pour Tristan Derème à l’occasion du centenaire de sa naissance. Je soupçonne le brocanteur, connaissant mes goûts, de l’avoir glissée au milieu d’ouvrages sur Lourdes.

Le centenaire de la naissance ? C’était en 1989. Dans l’introduction à une série de sept articles, l’auteur nous glisse, après avoir parlé d’une résurrection souveraine de Paul-Jean Toulet depuis une dizaine d’années : « il semble que la résurrection de Tristan Derème ne soit pas encore pour demain. Peut-être pour après-demain ? Que cela ne nous empêche pas, en tout cas, d’assurer  dès aujourd’hui un peu de la continuité de tout culte de cet ordre… » Résurrection ? 17 ans après, la pierre tombale n’a pas roulé. Pour s’en convaincre il suffit de pianoter Tristan Derème en entrée sur des sites internet tels que A*.fr ou F*.com. Résultat : Patachou petit garçon (1929) dans une réédition régionale Atlantica 1994 ! Et c’est tout.

Heureusement sur R.R.B.com : 363 fiches en 0,01 secondes. De quoi faut-il s’étonner ? Des 363 ouvrages anciens disponibles ou du temps qu’il a fallu pour les trouver.

 

 

 

L’escargot arrive.

 

 

 

J’ai loupé ce centenaire là. Je proposerais bien le mien. 1906-2006 : celui de la rencontre de Philippe Huc qui allait bientôt prendre pour nom Tristan Derème, il  a alors 17 ans, avec Francis Carco et Robert de la Vayssière au lycée Bernard-Palissy d’Agen. Eux pions, lui élève, mais tous les trois épris de poésie. Nous reparlerons sûrement de cette fraternité de sensibilité qui allait se constituer.

Cette année là, Tristan Derème éditera une plaquette hors-commerce de 8 pages, chez Marque, Oloron Sainte-Marie, Le Tiroir Secret.

Plaquette qui me reste encore aujourd’hui, secrète.

Par pancrace broucas - Publié dans : Où il est question de Tarbes
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Jeudi 23 novembre 2006 4 23 /11 /2006 19:14

Si vous n’avez pas le bonheur de posséder un «Rêveries Tarbaises » de Tristan Derème et habitez dans les Hautes-Pyrénées vous pouvez le lire aux Archives Départementales de Tarbes ou mieux le trouver à la Bibliothèque municipale de Bagnères de Bigorre. En effet celle-ci a la chance de posséder le fonds Privat : une extraordinaire et insoupçonnable mine d’ouvrages sur le pyrénéisme, et à l’occasion, sur les poètes locaux.
Vous y trouverez donc le numéro 128 des 250 exemplaires parus, avec envoi :
A monsieur Edouard Privat
le modeste éditeur tarbais de Russel avec son hommage admiratif et cordialement dévoué au grand et génial éditeur des Pyrénées et de la Ville Rose
Tarbes, 1/7/31  Paul Mieille.

Paul Mieille ? « Les Rêveries Tarbaises » ( Edouard Champion, Paris, Lesbordes Maître imprimeur Tarbes, MCMXXXI) est un livre de 111 pages de textes de Tristan Derème, recueillis et commentés par Jean Lebrau et Paul Mieille.
En 1911, Tristan Derème livre des poèmes et écrit des textes pour la revue hebdomadaire Pyrénées-Océan dirigée alors par Paul Mieille. Il succède au fils de celui-ci, Lucien Mieille, à la tenue d’une chronique intitulée : Silhouettes Pyrénéennes.
La première de ces « silhouettes » a pour titre « Sur les Grands-Fossés » (ancien nom de la principale rue commerçante de Tarbes, rue Foch aujourd’hui). Nous la retrouvons dans les Rêveries . En voici un extrait:

« Faut-il voir, ô surprise ! Almaviva bafoué, Bartholo triomphant, et s’écrier un peu comme le poète :
 « La vie est un combat dont la palme est aux vieux ! »
Qui parle ainsi ? Pancrace Broucas. Que pense-t-il ? Je l’ignore. Que veut-il prouver ? Il l’ignore. Que fait-il ? Il parle. Chaque jour, il se lève dès l’aube. Pourquoi ? Pour parler. Dans les rues, il parle. A table il parle…
…Le matin, il parle. L’après-midi il parle. La nuit, il rêve qu’il parle. A l’aurore, sa langue frémit. Il s’éveille…C’est une bouche sans oreille…
Il dit des sottises. Il en dit tant qu’on demeure stupéfait. On se demande s’il ne donne pas une forme sotte à des vérités…
Faut-il le blâmer ? Nous jetons nos vieux souliers : il jette ses sottises. Mais il les jette sur qui l’écoute… »

......

 

 

 

 


Avec ce Pancrace Broucas, le premier et l’oublié, Tristan Derème inaugurait une galerie de personnages aux noms souvent picaresques et expressifs qui allaient l’accompagner tout au long de son œuvre. 

Bien sûr les Rêveries ne se limiteront pas à ces seules silhouettes pyrénéennes:  il n'en écrira que trois. Il tracera aussi des portraits sensibles et passionnés de poètes. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

(Almaviva et Bartholo sont des personnages du Barbier de Séville)

 

 

 

 

 

 

 

Oui, vous allez dire que c’est la deuxième fois qu’apparaît cette photo ici, mais on la trouve aussi dans les Rêveries tarbaises!

Par pancrace broucas - Publié dans : Où il est question de Tarbes
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Mardi 12 décembre 2006 2 12 /12 /2006 20:39

Il faut remercier les collectionneurs qui un jour, acceptent de partager leur trésor (sinon franchement à quoi cela servirait-il ?). Voilà donc que Jean Dupuy nous propose de découvrir sa collection de cartes postales et d’images anciennes tarbaises mise en texte par Claude Larronde, historien et chroniqueur, dans leur ouvrage : Il y a 100 ans…Tarbes, éditions Pyrémonde 2006, 24,95€. 350 pages pour un voyage au début du XXème siècle, avec chacune d’elles comme invitation à de nouvelles recherches et de nouvelles découvertes.

Evidemment, avec l’image, difficile de rendre compte de l’activité littéraire dans la ville à cette époque et nous ne leur en tiendrons pas rigueur.  Surtout que nous avons l’apparition de Colette avec le témoignage de sa venue pour un de ses spectacles, le 23 avril 1910 au Caton, célèbre salle tarbaise. (On peut d’ailleurs retrouver les dates de cette tournée dans une des annexes de la biographie de Colette par Claude Pichois et Alain Brunet).

Et Tristan Derème dans tout cela ? Et bien simplement « 1910 » et « les Pyrénées ».

>1910. C’est cette année qu’il changera de vallée sans changer de département. D’Arreau dans la vallée de la Neste, entre Lannemezan et Saint-Lary, où il était depuis quelques mois, contrôleur des contributions directes, il arrive à Tarbes, vallée de l’Adour, pour y effectuer dès septembre (1910 donc) son service militaire au 12ème d’infanterie.
D' Arreau, Tristan Derème, nous fera plus tard le décor d’un court récit poético humoristique, la plaisante mort de M. Decalandre, qui paraîtra le 24 octobre 1912 dans le quotidien des Hautes-Pyrénées, Les Pyrénées.

>Les Pyrénées. Ce quotidien local, dont le siège était au 10 rue de Gonnes à Tarbes, en face du Théâtre des Nouveautés, utilisé comme source de l’ouvrage de Larronde et Dupuy, reprenant notamment faits divers et actualités tarbaises, a eu comme journaliste et chroniqueur, Tristan Derème en 1912 et 1913.,

 

 

 

Trouvé cet article dans la revue régionaliste de Pau:

   Dans France Pyrénées du 3 décembre 1941, Tristan Derème se souvient de ses débuts de journaliste en province :

« A 8 heures, il convient de courir à la mairie : l’état civil copié, on enlève les bulletins où se trouvent inscrites les nouvelles municipales. Au commissariat de police, on peut s’instruire des tapages nocturnes, des morsures canines et des feux de cheminées. Retour au journal, où le téléphone par l’intermédiaire d’une agence apporte les dernières nouvelles de la nuit. Petit exercice de rédaction rapide…Il est 9 heures, la linotype répand toujours son vacarme ; au premier étage on compose à la main les annonces…Il nous manque 100 lignes…On bouche un trou…Ouf ! Le journal est achevé… On tire… Il est 10h20. »

 

 

 

 

 

 

Aparté : tout cela est je vous l’avoue bien résumé (il y aurait à dire sur Les Pyrénées, sur la mort de Decalandre, sur 1910, sur son service militaire) et je vous promets de revenir dans quelques temps, avec quelques détails supplémentaires sur différents point abordés ici. Vous pouvez d’ailleurs orienter mon propos le cas échéant en osant quelques commentaires.

 

 

 

 

Par pancrace broucas - Publié dans : Où il est question de Tarbes
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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /2007 18:23

déclarait Isidore Ducasse. Après le distique sur cet insecte dans l’article précédent, je ne pouvais passer sous silence l’unique référence explicite à l’auteur des Chants de Maldoror que j’ai trouvée dans l’œuvre de Derème (j’attends bien sûr avec humilité le contradicteur)...   

Ainsi dans la Libellule Violette (Grasset 1942, œuvre posthume, p 268), nous trouvons un article, Le canon de la Princesse débutant ainsi.  

« J’ai rencontré tout à l’heure une dame ; elle était indignée : - Je n’entends rien, disait-elle, à ces protocoles, mais ce dont je suis bien assurée, c’est qu’ils me choquent profondément.  

― Madame, lui dis-je, il ne se faut jamais étonner de rien ; c’est au reste une sage maxime qui est fort vieille et qui était déjà célèbre avant que personne eût entrepris de parler notre langue. Certaines gens qui ont des loisirs, m’assurent que nous la retrouverions dans un vers d’Horace, et c’est à l’accoutumée notre ignorance qui nous incite à nous étonner comme à nous émouvoir de beaucoup d’événements qui nous paraîtraient les plus ordinaires, si nous avions, comme disait à peu près l’autre, le bonheur de connaître les causes. Je sais un écrivain du siècle dernier qui se montrait fort surpris de certaines choses dont la réunion pourtant ne donne qu’à rire, et peut-être en avait-il assez bien le goût de se moquer du monde. C’était l’auteur des Chants de Maldoror…  

L’énigme en ses halliers le nargue et le tracasse ; de lui lancer ses chiens il ne peut se lasser ; vainement… « L’éléphant se laisse caresser. Le pou, non. », déclarait Isidore Ducasse, mal connu dans la plaine, inconnu sur le mont, qui se proclamait comte, et de Lautréamont… Voilà n’est-il pas vrai, profond objet d’étonnement ! Admirable matière à mettre en vers latins !... » 
 

Il faut attendre la fin de l’article pour s’apercevoir que l’objet de celui-ci vient de l’interrogation de la dame sur les raisons pour lesquelles on tire plus de coups de canon à la naissance d’un Prince qu’à celle d’une Princesse ! Isidore aurait apprécié, sans doute. 

Plus précisément sur le pou de Ducasse. Dans la première version éditée du 1er Chant de Maldoror était cité plusieurs fois le patronyme Dazet (nom d’un condisciple et « ami » au lycée de Tarbes, de l’auteur). Dans la deuxième version nous ne retrouvions que l’initiale : D. Et enfin dans les suivantes cette initiale était remplacée par une succession de bêtes assez particulières : l’ « acarus sarcopte qui produit la gale », l’ « infortuné crapaud », le « rhinolophe », le « poulpe au regard de soie »…. et le « pou vénérable ».

 

 Derème a eu l’occasion de rencontrer le « pou vénérable » Georges Dazet, puisque celui-ci faisait partie en 1911 du comité d’organisation des fêtes tarbaises du centenaire de la naissance de Théophile Gautier et que le poète en digne représentant des Jeunes Poètes Méridionaux, y fit un discours mémorable. Ont-ils échangé sur le Comte de Lautréamont ? Rien n’est moins sûr. Nous n’irons pas chercher de poux à cette affaire…

 

 

 Je reviendrais sur l’éléphant une autre fois.

 

 

* Chant II, strophe 9, dans Les Chants de Maldoror par le Comte de Lautréamont, d’Isidore Ducasse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par pancrace broucas - Publié dans : Où il est question de Tarbes
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extraits...

Isidore Ducasse
1846-1870
Georges Dazet
1852-1920

LAUTREAMONT
Une Jeunesse Tarbaise

RE-EXPOSITION
17 18 19 Octobre 2008
Lycée Théophile Gautier
Tarbes

  Pour la première fois réunis,
un ensemble de documents, livres, photos et dessins autour de la figure d'Isidore Ducasse, alias le Comte de Lautréamont et de son condisciple Georges Dazet,
inspirateur des Chants de Maldoror.
Quatre documents inédits seront présentés pour la première fois.
Le caractère unique de cette manifestation permettra de mettre en exergue l'influence de Dazet dans la vie et l'oeuvre de Ducasse.

Dossier de presse dans la rubrique "pages" ci contre.

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