Les Flèches électorales de Tristan Derème:

Publié le 24 Juin 2012

          La longue période électorale qui s'achève me donne envie de parler d'une qui s'est déroulée en 1919 et à laquelle prit part entièrement et avec passion, et nous pourrions en être étonné et surpris, Tristan Derème.

          Le 16 novembre 1919 se déroulaient les premières élections législatives succédant à la grande guerre. Les Hautes-Pyrénées devaient se choisir quatre députés. Le suffrage s'effectuait par liste. Aucune raison légale ne m'oblige à les présenter toutes. Ce qui nous intéresse ici c'est l'implication de notre fantaisiste. Nous parlerons donc de deux listes. Celle des Radicaux-Socialistes largement soutenue par le quotidien La Dépêche, et la liste Républicaine d'Union Démocratique et Libérale à laquelle Armand-Achille Fould prenait part pour la première fois.

         Il fallait à Fould et à son équipe un organe de presse local. Il le trouva dans le quotidien Les Pyrénées, appartenant à Virginie Escamela, veuve de Jean-Alphonse Escamela son fondateur, depuis son décès en 1912. Fabriqué et imprimé 10 rue de Gonnes à Tarbes, il était diffusé environ à 2000 exemplaires (les Hautes-Pyrénées comptaient 61640 inscrits). En rachetant ce journal, sans doute en septembre 1919, A.A.Fould, allait acheter en quelque sorte son unique journaliste et chroniqueur d' alors, Tristan Derème. Depuis la fin de la guerre le poète y effectuait une grosse pige: papiers pratiquement quotidiens, chroniques littéraires, humeurs, hommages, reportages dont une série fameuse sur la visite du Maréchal Foch dans sa ville et son département natal. Débutera entre les deux hommes, Derème (30 ans), et Fould (29 ans), une collaboration et sans doute une amitié qui s'achèvera hélas tristement trente deux ans plus tard avec le décès du poète.

 

Les Pyrénées des 16 et 17 novembre 1919

          Le 14 octobre 1919, le journal Les Pyrénées annonce qu'il «prendra position» et le 16 partent les premières Flèches (c'est ainsi que Tristan Derème baptisera ses articles) ouvertement (et pratiquement uniquement) hostiles à La Dépêche et aux Radicaux-Socialistes. Bijoux de rhétoriques et de polémiques sans jamais abandonner l'érudition de l'auteur et parfois ses talents de poète, ces articles vont se succéder jusqu'aux élections. La légende veut que pendant cette période la presque intégralité du journal était rédigée par celui-ci. Une colonne faisait pratiquement 750 mots et le journal de 4 pages en comptait 6 par pages: ses articles principaux en faisaient souvent 4 à 5 mais il en signait aussi d'autres, et nombreux étaient sans signature.

          Est-ce grâce à ces articles que Fould a réussi à gagner son siège de député? Toujours est-il que leur auteur en deviendra le secrétaire, confident et ami..

          Est-ce que cette période et cette campagne a usé Tristan Derème? Je ne lui connais pas de commentaires sur le sujet mais après le 16 novembre 1919 je n'ai plus trouvé d'autres articles de cette trempe, tout du moins signés de son nom.

 

          Je vous propose donc pour vous faire une idée, mais cela mériterait un ouvrage intégrant par ailleurs les articles de La Dépêche, écrit par un «communiquant politique» de la première heure, l'extrait (256 mots) d'un très long article (4 colonnes et demi), paru le 15 novembre 1919 dans les Pyrénées. Nous avons respecté la casse et la graisse.

 

«…9 - Un peu de gaîté!

    Je lis dans la Dépêche (14 novembre, page 3, colonne 2):

«La vertu qui fait du tapage n'est pas de la vertu. Ça se chante dans "Mignon", croyons-nous, et c'est vrai surtout en période électorale.»

    J'en suis bien désolé.

    Mais les vers:

        Le Ciel n'en veut pas davantage.

        C'est là le devoir entends-tu?

        La vertu qui fait du tapage

        N'est déjà plus de la vertu...

    Je souligne le passage mutilé dans cette campagne... électorale. Le pauvre vers a eu deux pieds emportés dans la rafale, et un troisième (si je puis dire) estropié (pas pour plus); ces vers dis-je, c'est le Comte qui chante à son fils, le chevalier des Grieux, au deuxième tableau du troisième acte de MANON.

    Manon, pas Mignon.

    Mignon, c'est la pure jeune fille.

    Manon, c'est... autre chose.

   Si la Dépêche prend Manon pour Mignon, on comprend très bien qu'elle nous prenne pour des réactionnaires et quand nous lui disons que nous sommes les Républicains de toute la République et que ses candidats sont des Radicaux-Socialistes, c'est comme lorsque nous lui montrons que sa Mignon s'appelle Manon.

    Nous avons toujours raison.

    Nous le prouvons toujours.

    Et c'est parce que le Peuple aime la Vérité qu'il est avec nous: et c'est parce que nous aimons la Vérité, que nous sommes avec le Peuple.

    Ce sera le dernier mot de notre campagne.

    Maintenant, vous avez bien lu, bien entendu.

    Les Urnes vous attendent demain.

    Le Pays ne veut plus des radicaux socialistes.

    Il faut que la République sorte des Urnes.

        Tristan DERÈME.»

 

          Le 16 novembre 1919 Armand Achille Fould était élu pour la première fois député des Hautes-Pyrénées. Il le restera jusqu'en 1940.

 

Armand-Achille-Fould.jpg

 

 

On trouvera une collection du quotidien les Pyrénées, aux Archives Départementales des Hautes-Pyrénées que je remercie pour ces extraits.

 

Rédigé par Eric Nicolas

Publié dans #Vie politique

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louisiane.catalogne.over-blog.com 05/07/2012 08:50


Bonjour, je publie ce jour dans mon blog louisiane.catalogne.over-blog.com la réponse sous forme de poème de Tristan Derème adressée à Henri Loridan, poète et chansonnier (1861-1933) qui
était l'oncle de ma grand-mère maternelle. Le poème date d'avril 1932. Ce document a été retrouvé dans les archives familiales après le décès de ma grand-mère en 2002.

Eric Nicolas 09/07/2012 22:54



Bonsoir. Je vous remercie beaucoup de m'avoir fait partager votre découverte. j'ai quelques infos sur ce Robbe. Je dois récupérer un doc auparavant. Je vous en parlerai un plus dans quelques
jours.


Mille amitiés