Imaginons quelques vers de Laforgue sans tabac !

Publié le 13 Janvier 2008

Une chronique de circonstance. En cherchant pour un ami un texte que je n’ai d’ailleurs pas retrouvé, je lis une page dont quelques phrases enfument si je puis dire l’air du temps.
Dans cette chronique, « Mystère et songe de Laforgue », Tristan Derème, par la voix de Théodore Decalandre, parle une nouvelle fois d’un de ses compagnons préférés en poésie, Jules Laforgue. Il l’imagine a 21 ans, seul à Paris, rue Monsieur le Prince dans sa pauvre chambre : « … si jeune et si chétif et comme exilé, comme captif dans un étroit désert. J’entends bien qu’il s’enchante d’étranges féeries où des éléphants, pour valser, se mêlent à des chœurs de moustiques... Il a peut-être encore faim, mais l’azur du tabac berce ses rêveries mélancoliques et passionnées :
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes,
Murmure-t-il. Vous redites les vers de son ami Paul Bourget :
Et dans l’effondrement des anciens paradis
Fumons au nez des dieux tombés notre cigare ;
Et M.PolyphèneDurand, pour nous donner une autre variante, ne balancerait pas de fredonner, où il n’aurait pas fait grand effort :
Assis sur les débris d’un monde radieux,
De ma pipe, en riant, j’encenserais les dieux.. »
 
Derème poursuit emplissant ses pages de l’éternel ennui et de la mélancolie de Laforgue, de sa solitude et l’isolement de son âme. En forme de conclusion au milieu de la chronique :
« C’est la qu’est le véritable prodige de Laforgue. Vous savez son ironie qui brusquement nous fouette et dont il se déchire lui-même, tant, soucieux d’être vrai dans le milieu d’un sanglot, il veut montrer la vanité des larmes, comme des yeux qui les répandent et des cœurs qu’elles apaiseraient. Vous vous rappelez comme il lui arrive de clore tout à coup ses plaintes les plus amères :
Allons fumons une pipette de tabac,
En feuilletant un de ces si vieux almanachs,
En rêvant de la petite qui unirait
Aux charmes de l’œillet ceux du chardonneret…
 
Ou bien :
 
Allons dernier des poètes,
Toujours enfermé tu te rendras malade !
Vois, il fait beau temps, tout le monde est dehors,
Va donc acheter deux sous d’ellébore,
Ça te fera une petite promenade… »
 
 
Tristan Derème a toujours vécu quand il était à Paris dans la même chambre, 19 rue de la Pompe : une chambre dont la taille semble-t-il, n’avait rien à envier à celle de Laforgue.
Tristan Derème fumait la pipe !
(la chronique en question est extraite de l’Onagre orangé)

Publié dans #Digressions

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