Autour de Derème

CVIII

petit poème anglais jpg-copie-1

CXLVII

...Et pourtant j'aime les roses,
Le feuillage et les amours
Et bien d'autres belles choses
Qui ne durent pas toujours.

Durer, durer...Rien ne dure.
Accourez, comparaisons!
Rappelons que la verdure
Pas ne dure que trois saisons.

Tout passe et cela n'est pas ce
Que les gens ont dit assez;
Ils ont écrit que tout passe
Et leurs livres sont passés,

Sauf certains; et les miens, Muses,
Dureront-ils plus longtemps
Qu'une voix de cornemuse
Qui se perd sur les étangs?...

extrait du poème CXLVII de la Verdure Dorée

 

Poèmes de Tristan Derème

Recommander

Rechercher

XIX

Et tu disais : Vous tous qui souffrez d’insomnie,
Pour goûter au repos que le sort vous dénie,
Mélangez le tilleul et le suc de pavot.
Et si de votre mal nul philtre ne prévaut,
Il demeure un remède héroïque et suprême :
Lisez sur l’oreiller quatre vers de Derème.
                                          Petits Poèmes, Tristan Derème 1910. 

Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 11:59

Après 15 ans de fermeture, ce 18 avril, le musée Massey de Tarbes rouvre sous le nom de Musée International des Hussards: l'histoire des Hussards de 1545 à 1945 dans 30 pays, 17 000 objets, 130 mannequins etc. Le sceptre d'Ottokar me paraît plus palpitant dans le genre.

 

Retrouvons donc notre Tristan Derème quand il est tenu de s'appeler Philippe Huc. Il ne sera pas hussard à Tarbes mais y incorporera le 12ème Régiment d'Infanterie installé à la caserne Reffye, aujourd'hui désaffectée, dans le service auxiliaire comme soldat 2ème classe (matricule 1148) le 3 octobre 1910.

 

...On voyait, parmi les scribes du bureau de recrutement de Tarbes, un jeune soldat à la face blanche et ronde de Pierrot éveillé, au nez curieusement retroussé, à l’œil malicieux. Il portait la capote bleue et le pantalon garance avec cette absence de recherche qui dénote une complète indifférence aux choses vestimentaires. Mais plus d'un étudiant venu rue du Pradeau [adresse de la caserne Reffye] pour y contracter un engagement, éprouvait quelques surprises à voir, parmi les paperasses encombrant la table de l'auxiliaire, un Horace inattendu ou un Vigile insolite... (Le Semeur 27 octobre 1941)

 

Il restera 2ème classe jusqu'à son renvoi en disponibilité le 25 septembre 1912. Il est rappelé le 18 novembre 1914 et passe au 23ème d'artillerie à Toulouse. Nommé brigadier le 13 novembre 1915, maréchal des logis le 3 février 1916 et maréchal des logis chef le 8 mai 1917... Nous reviendrons certainement un jour sur ces activités militaires pendant son affectation.

 

Le laurier du Kaiser couverture

 

 

 

Le 22 août 1914, son père le colonel Pierre Huc, meurt à Bertrix (Belgique) alors qu'il chargeait, selon une légende familiale, "sabre au clair comme à la parade et comme en 1870 en gants blancs!.."

Tristan Derème lui dédira un long poème, Le laurier du Kaiser, plaquette rare de 8 pages imprimée à Tarbes en 1914 par l'imprimerie qui éditait le quotidien Les Pyrénées auquel il contribuait depuis deux ans.

Difficile d'en extraire quelques vers, ce poème est une longue charge contre le Kaiser Guillaume II et les allemands, une exaltation du sentiment national et patriotique et un vibrant appel à la vengeance. Étonnant de la part du fantaisiste, tendre et ironique que l'on connaît jusqu’alors. Mais la mort du Père...

un extrait:

 

A ma soeur Madeleine, à mon frère Clément,

En mémoire de notre Père

Le Colonel Huc,

Tombé en Belgique sous les balles allemandes.

 

 

Sire, Ce n'est plus l'heure et ce n'est plus le jour

de commenter Virgile à l'ombre des troënes,

car la flûte se tait et le cède au tambour

et l'injure et les cris succèdent aux poèmes,

 

puisqu'ivre et soulevant cette coupe de bois,

tu mêles, suspendant l'allégresse des hommes,

le râle des mourants au murmure des bois

et les pourpres du sang aux pourpres des automnes.

 

Injures! Mots cruels! Vautours! Envolez-vous!

De vos griffes de fer déchirez ce pauvre homme

à qui le bandeau grec et la pourpre de Rome

feraient courber la tête et ployer les genoux.

 

Au nom de ceux sur qui le crêpe va descendre,

au nom des mères, des épouses, des enfants,

vengez, le lacérant de vos becs triomphants,

ceux qui pleurent et dont le cœur est plein de cendre.

 

Montez d'un vol que tout l'azur va cadencer

pour arracher son cœur et ses lèvres impures!

Mais que dis-je: montez! Ne montez pas, injures:

pour atteindre à sa face il faut vous abaisser.

 

....

 

La suite pour les curieux, possible sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72269d.r=Tristan+dereme.langFR

Par Eric Nicolas - Publié dans : Pistes biographiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 11:32

 

Quand Philippe Huc écrivait des poèmes

Bien avant ce fantaisiste de Tristan Derème.

 

Il est à peu près acquis que la première plaquette de poèmes parue avec pour nom d'auteur Tristan Derème est « Le parfum des roses fanées », imprimée à Agen en 1908 et distribuée hors commerce.

Quelques années avant, notre fantaisiste donnait des poèmes, sous son nom de ville, Philippe Huc, à un hebdomadaire nantais, Ouest Artiste (20 poèmes de 1905 à 1908 ?). Son premier s'intitulant Le renard et le corbeau (on voit là que son attachement à La Fontaine est très ancien) est paru en octobre1905 dans ce journal.

 

Le tiroir secret

 

 

 

Nous connaissions l'existence d'un recueil signé Philippe Huc, Le tiroir secret parce qu'il apparaissait dans quelques bibliographies (ce qui soit dit en passant n'est pas très fiable). Nous en avons enfin déniché un exemplaire :

8 pages, 17cm de haut sur 11 de large, pas d'année indiquée, mais par contre quelques indications dans la page titre que l'on pourrait déjà marquer au sceau du futur fantaisiste : « troisième édition », « Goldenschritt, Editeur Paris » (en allemand, l'étape dorée, avant l'ascension parisienne future ?). En page intérieure une courte bibliographie :

« Le renard et le corbeau, poëme comique ( épuisé)

pour paraître prochainement,

Zella, comédie en un acte et en vers. »

 


Zella est parue dans la silhouette théatrale du 30 mars 1906. Doit-on en conclure que ce Tiroir secret est paru entre octobre 1905 et mars 1906 ? Bref une toute petite plaquette hors-commerce dont on ne connaît pas le tirage et que le poète destina à ses proches et amis.

 

       Nous y trouvons sept poèmes dont trois sonnets. De facture classique, sans contre-assonance ! Le poète a à peine seize ans et nous évoque un amour d'il y a trois ans... Voilà le troisième :

 

 

                      III

 

J'ai gardé ce livre de vers

Que nous lisions jadis ensemble ;

Et quand je l'entr'ouvre il me semble

Qu'en un paradis je me perds.

 

Chaque poëme, chaque page,

Chaque mot est un souvenir ;

Et trois ans n'ont pas su ternir

Les traits calmes de votre image.

 

Il me semble à l'heure où je lis

Que votre main tiède me frôle,

Et que par dessus mon épaule

Vos grands yeux de rêves emplis...

 

D'un arrière-goût de tendresse

Mon coeur sans cesse est en émoi ;

Votre âme flotte autour de moi

Comme une invisible caresse.

 

                                       Philippe Huc

Par Eric Nicolas - Publié dans : Pistes biographiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 18:02

Le fantaisiste n'a jamais édité (tout au moins sous un de ses pseudonymes connus), ni écrit (le saura-t-on jamais?) de romans. Il avait bien quelques projets ( Les colibris et leurs amours en est le plus connu) et par ailleurs une légende court sur un livre écrit à plusieurs signé Henri Seguin.

Pas de romans donc. ? Pourtant une galerie importante de personnages colonise l'ensemble de son œuvre depuis l'origine. Dans ses livres, on fait salon, on bavarde, on commente...

Une petite communauté se retrouve invitée régulièrement par Tristan Derème. Tout d'abord le premier cercle d'amis avec Théodore Decalandre, Polyphème Durand ( qui fait ses classes dans la Nouvelle Revue Française), M. Lalouette, Mme Baramel.

Puis vient le deuxième cercle avec M. Labride (qui se fait corriger ses vers), Aristide-Benoît Biendit (qui apparaît dans les Nouvelles Littéraires), M. Larbalète, le docteur Ausone Laverdurette, Sylvain Labrette, Remi Lapomme, M. Auson Piédalouette, M. Escanecrabe.

Moins sollicitées sont Adrienne la nièce de Decalandre et son fiancé Lamounette. Ensuite il y a l'autre nièce de Théodore, Mimithé. Dans l'Enlèvement sans clair de lune, nous faisons la connaissance de l'épouse de Théodore Decalandre, Suzanne (qui pourrait bien être inspirée de la fille de Paul Mieille dont nous avons déjà parlé).

On peut rajouter un oncle de Théodore, ensuite Clotilde, les muses bien sûr avec Clymène (et là fatalement nous penserons à Béatrix Dussane, l'amie de Tristan Derème) Lucinde, Clorinde et pour finir avec les sages Ariste et Acaste dans lesquels on verra l'incarnation de quelques éditeurs ou directeurs de revue ( Henri Martineau, Jean Paulhan...).

Au moins vingt deux amis ! Et vous me voyez venir...Tout au long de ses ouvrages les amis au poète dialoguent et débattent soit avec Tristan Derème de passage parmi eux soit entre eux avec cette impression que notre fantaisiste n'est jamais très loin. Il aurait donc inventé avant l'heure le premier réseau social poétique... de papier !

 

A cheval sur mon bouc barbu

J'ai cueilli des roses dorées

Et mes chèvres noires ont bu

A des rivières ignorées.

...

 

Les-amis-la-guirlande.jpg

Une gravure de Jos. Julien dans Guirlande pour deux vers  de Gérard de Nerval, Tristan Derème, Au Pigeonnier 1926.  
(Théodore Decalandre dans sa bibliothèque sur l'échelle, sa nièce  Mimithé amenant le Jurançon cher à Derème et  sans doute M.
Lalouette lisant Baudelaire...)
Par Eric Nicolas
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 11:02

     J'ai un peu un de retard...

     Nous sommes au moins trois aujourd'hui à  écrire sur le fantaisiste. Continuons.

   Il y a ce texte d'une communication d'Amandine Cypres, doctorante en lettres à l'université de Toulon, intitulé Divergences et convergences des voix et des régimes discursifs : un «  Art Poétique » insolite de Tristan Derème (1889 – 1941) mis en ligne voilà quelques mois *.

    Nous y lisons une synthèse des chemins, des voix et des voies qu'empruntent notre poète pour mener à bien le projet de sa vie : l'écriture d'un Art poétique. Il n'en a pas écrit Le Livre, mais Amandine Cypres nous montre que l'ensemble de son œuvre en serait à la fois une fantaisiste et une sérieuse phase d'analyse à laquelle nous manquera toujours le final, la synthèse.

      Et là je digresse...

   J'ai trouvé il y a quelques temps une revue in-8 carré, 16 pages, brochée datant d'octobre 1936, baptisée Anniversaires. Il s'agissait du n°6 consacré à un tricentenaire : Boileau par Tristan Derème. Ce qui nous ramène bien sûr à « L' Art Poétique » évoqué ci-dessus. Nous écoutons les « amis** » du fantaisiste, Polyphème Durand, Mme Baramel et M. Lalouette en compagnie de Théodore Decalandre*** discuter «couchés dans l'herbe, sous les pommiers ensoleillés ». Discuter de quoi ? De Boileau et de son Art poétique avec cette apostrophe dès les premières pages :

 

      « … - Eh ! Non, je ne me tairai pas ! S'écria M. Decalandre. J'aime Boileau, c'est bien mon droit, et il est trop de gens qui ne parlent de lui que pour avoir appris sans joie dix de ses vers quand ils étaient écoliers, de telle sorte que que seul le nom du poète, et de quelques autres, se mêlent en eux à je ne sais quel triste parfum de pensums et de retenues. Je l'aime pour ce qu'il a composé ce vers où je vous défie tous de changer aucune syllabe :

               Cinq et quatre font neuf, ôtez deux, reste sept ;

pour ce qu'il a chanté la noix de coco, lorsqu'il nous a montré la vanité de nos courses misérables vers le bonheur, quand il est en nous-mêmes :

               Le bonheur tant cherché sur la terre et sur l'onde,

               Est ici, comme aux lieux où mûrit le coco... »

 

A chacun son coco... A bientôt!

 

 

*(http://french.chass.utoronto.ca/SESDEF/pages/2009/articles/cypres_2009.pdf)

** je reviendrai sur « ces amis » bientôt

*** rappelons, pour les nouveaux lecteurs que Théodore Decalandre est un des nombreux avatars de Tristan Derème.

 

 

boileau-envoi-de-Dereme-a-Emile-Henriot.jpg

La première page de mon exemplaire, avec un envoi de l'auteur à son ami Émile Henriot, alors critique littéraire au Temps et écrivain.
Par Eric Nicolas - Publié dans : Pistes pour une Art poétique de Tristan Derème
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés