Autour de Derème

Rechercher

Je dirai pour l’instruction des biographes
Que ton corsage avait quarante-deux agrafes,
Que dans tes bras toute la nuit j’étais inclus,
Que c’était le bon temps, que je ne quittais plus
Ta chambre qu’embaumait un pot d’héliotrope
Duhamel animait son héroïque Anthrope,
Pellerin habitait Pontcharra et Carco
49, quai de Bourbon, Paris. Jusqu’au
Matin je caressais tes jambes et ta gorge.
Tu lisais Chantecler et le Maître de Forges ;
Tu ignorais Laforgue estimant qu’avec art
Écrivaient seulement Botrel et Jean Aicard.
Mais au bord du Viaur embelli de ses rêves
Frêne, pâle et barbu, méditait sur les Sèves,
Et Deubel, revêtu des velours cramoisis,
Publiant au Beffroi ses Poèmes choisis,
Déchaînait dans les airs le tumulte des cuivres.
 
Et j’aimais beaucoup moins tes lèvres que mes livres.

Tristan Derème

CXLVII

...Et pourtant j'aime les roses,
Le feuillage et les amours
Et bien d'autres belles choses
Qui ne durent pas toujours.

Durer, durer...Rien ne dure.
Accourez, comparaisons!
Rappelons que la verdure
Pas ne dure que trois saisons.

Tout passe et cela n'est pas ce
Que les gens ont dit assez;
Ils ont écrit que tout passe
Et leurs livres sont passés,

Sauf certains; et les miens, Muses,
Dureront-ils plus longtemps
Qu'une voix de cornemuse
Qui se perd sur les étangs?...

extrait du poème CXLVII de la Verdure Dorée

 

Poèmes de Tristan Derème

Recommander

XIX

Et tu disais : Vous tous qui souffrez d’insomnie,
Pour goûter au repos que le sort vous dénie,
Mélangez le tilleul et le suc de pavot.
Et si de votre mal nul philtre ne prévaut,
Il demeure un remède héroïque et suprême :
Lisez sur l’oreiller quatre vers de Derème.
                                          Petits Poèmes, Tristan Derème 1910. 

Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 11:02

     J'ai un peu un de retard...

     Nous sommes au moins trois aujourd'hui à  écrire sur le fantaisiste. Continuons.

   Il y a ce texte d'une communication d'Amandine Cypres, doctorante en lettres à l'université de Toulon, intitulé Divergences et convergences des voix et des régimes discursifs : un «  Art Poétique » insolite de Tristan Derème (1889 – 1941) mis en ligne voilà quelques mois *.

    Nous y lisons une synthèse des chemins, des voix et des voies qu'empruntent notre poète pour mener à bien le projet de sa vie : l'écriture d'un Art poétique. Il n'en a pas écrit Le Livre, mais Amandine Cypres nous montre que l'ensemble de son œuvre en serait à la fois une fantaisiste et une sérieuse phase d'analyse à laquelle nous manquera toujours le final, la synthèse.

      Et là je digresse...

   J'ai trouvé il y a quelques temps une revue in-8 carré, 16 pages, brochée datant d'octobre 1936, baptisée Anniversaires. Il s'agissait du n°6 consacré à un tricentenaire : Boileau par Tristan Derème. Ce qui nous ramène bien sûr à « L' Art Poétique » évoqué ci-dessus. Nous écoutons les « amis** » du fantaisiste, Polyphème Durand, Mme Baramel et M. Lalouette en compagnie de Théodore Decalandre*** discuter «couchés dans l'herbe, sous les pommiers ensoleillés ». Discuter de quoi ? De Boileau et de son Art poétique avec cette apostrophe dès les premières pages :

 

      « … - Eh ! Non, je ne me tairai pas ! S'écria M. Decalandre. J'aime Boileau, c'est bien mon droit, et il est trop de gens qui ne parlent de lui que pour avoir appris sans joie dix de ses vers quand ils étaient écoliers, de telle sorte que que seul le nom du poète, et de quelques autres, se mêlent en eux à je ne sais quel triste parfum de pensums et de retenues. Je l'aime pour ce qu'il a composé ce vers où je vous défie tous de changer aucune syllabe :

               Cinq et quatre font neuf, ôtez deux, reste sept ;

pour ce qu'il a chanté la noix de coco, lorsqu'il nous a montré la vanité de nos courses misérables vers le bonheur, quand il est en nous-mêmes :

               Le bonheur tant cherché sur la terre et sur l'onde,

               Est ici, comme aux lieux où mûrit le coco... »

 

A chacun son coco... A bientôt!

 

 

*(http://french.chass.utoronto.ca/SESDEF/pages/2009/articles/cypres_2009.pdf)

** je reviendrai sur « ces amis » bientôt

*** rappelons, pour les nouveaux lecteurs que Théodore Decalandre est un des nombreux avatars de Tristan Derème.

 

 

boileau-envoi-de-Dereme-a-Emile-Henriot.jpg

La première page de mon exemplaire, avec un envoi de l'auteur à son ami Émile Henriot, alors critique littéraire au Temps et écrivain.
Par Eric Nicolas - Publié dans : Pistes pour une Art poétique de Tristan Derème
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 18:08

     De Paris, le 7 janvier 1925, Tristan Derème envoie ses vœux à Louise Dazet jeune secrétaire de vingt six ans, au cabinet tarbais d'Armand Achille-Fould, député des Hautes-Pyrénées. Derème supervise depuis Paris ce secrétariat. Louise Dazet est la fille de Georges Dazet : le «  Dazet » inspirateur des Chants de Maldoror par le Comte de Lautréamont ( relire le Chant I dans sa première version).

 

 

 

«  A Mademoiselle Dazet.

 

Mademoiselle, je suis furieusement en retard. Mais aussi pourquoi l'année commence-t-elle au premier janvier et non à l'instant précis où j'ai trois minutes de loisir pour souhaiter qu'elle vous soit heureuse! Je vous offre donc mes vœux,

 

N'écoutez pas siffler sur toutes choses

Les merles que j'entends

Et que pour vous les heures soient des roses

Sur la tige du temps.

 

Et je vous prie d'agréer, Mademoiselle, l'hommage de mes sentiments respectueux et de mon amitié dévouée. Tristan Derème. » (archives départementales des Hautes-Pyrénées)

 

Voeux-Dereme.jpg

                                                   (autres voeux en carte postale, archives départementales du 65)

 

Et voilà ! Meilleurs vœux à tous, soufflés dans un mirliton :

 

S'asseoir et lire des poèmes en 2012

Dans toutes les langues, même en toungouze ,

De tous les vœux et de tous les souhaits faire un blues,

Le crier à la lune, l'écrire dans un in-12.

Puis rêver, très fort, allongé sur sa pelouse...

 


		
Par Eric Nicolas - Publié dans : Où il est question de Tarbes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 18:46

     J'allais l'oublier, à quelques jours près, il n'est pas trop tard. Voilà l'extrait d'un article paru dans le journal régional Pyrénées-Océan du 8 juillet 1911 sous la plume de Paul Mieille, « mentor » en journalisme, s'il en avait besoin d'un , de Tristan Derème :

     […] M. Tristan Derème parle ensuite au nom des poètes méridionaux ; son allocution est presqu'une seconde conférence ; mais il y explique des idées très personnelles ; il nous dit le feu qui anime les poètes et pourquoi ils chantent toujours inlassablement. Très sympathique, le tout jeune orateur est très applaudi […]

     Tristan Derème, alors dans sa vingt-deuxième année, était intervenu après une allocution de Laurent Taillade pendant la cérémonie tarbaise du centenaire de la naissance de Théophile Gautier.

      Le texte de ce discours, Tristan Derème, Discours prononcé sous les tulipiers du jardin Massey à Tarbes à l'occasion du centenaire de Théophile Gautier, a fait l 'objet d'une impression au tirage limité de 50 exemplaires. Le mien possède un délicieux envoi.

Au poëte Henry Vivès

lequel baudelairiennement

joint un faux-col de neige à la grâce des cygnes

et peint avec des mots et parle avec des lignes

T. Derème

Henry Vivès, figure locale tarbaise, journaliste, caricaturiste....

 

Le centenaire de téo                                  la dernière page de la plaquette de Tristan Derème, Discours prononcé....

      Pour conclure, vous n'échapperez pas à un poème du Prince des Poètes, sans doute pas le meilleur, mais le plus de circonstance ! On ne peut s'empêcher, même si le sujet n'est pas très « sexy », d' en admirer la maîtrise.

 

Noël

Le ciel est noir, la terre est blanche ;

- Cloches, carillonnez gaîment !

Jésus est né ; - la Vierge penche

  Sur lui son visage charmant.

 

Pas de courtines festonnées

Pour préserver l'enfant du froid ;

Rien que les toiles d'araignées

Qui pendent des poutres du toit.

 

Il tremble sur la paille fraîche,

Ce cher petit enfant Jésus,

Et pour l'échauffer dans sa crèche

L'âne et le bœuf soufflent dessus.

 

La neige au chaume coud ses franges,

Mais sur le toit s'ouvre le ciel

Et, tout en blanc, le chœur des anges

Chante aux bergers : « Noël ! Noël ! »

 

Théophile Gautier, 1861.

 

Par Eric Nicolas - Publié dans : Où il est question de Tarbes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 17:02

un petit impromptu sur fond musical :

...Tu m'écris, tu m'écris sur papier d'Arménie... (Isabelle Mayereau)

 

Imaginer Derème écrivant

Sur

Papier de Chine,

Papier vieux Japon,

A la forme ou impérial,

Sur

Vergé de Corvol-L'Orgueilleux,

Teinté, de Rives ou Montgolfier,

Sur papier bleu ,

Sur vélin Vidalon ancien

Lafuma ou japonisé

Sur des feuilles

De Madagascar

Alfa bouffant, Japon ancien

Sur Hollande Van Gilder

Pur fil Lafuma

Ou enfin d' Arches.

 

Tristan Derème imprimait parfois ses vers

Sur un vélin de peau.

Il y avait alors peu de ses lèvres au livre...

 

 

Le temps des présents est là. Offrez un livre ancien et rare, au papier précieux. Un tel livre sur une étagère ne prend pas la poussière, il arrive chargé d'histoires et traverse la vie avec vous. Il s'enrichit de vos regards, de vos attentions. Sentez-le, touchez-le, lisez-le...

 

Justif-de-tirage-du-poeme-des-chimeres-etranglees.jpg                                                                 Justificatif de tirage du Poème des chimères étranglées

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés